15 décembre 2010

Adieu 20(bis)

D'après Monsieur Rien, entité gazeuse qui a posté 2 ou 3 trucs sur ce même moribond blog, le passage en revue d'éléments clés de l'année écoulée en matière de japanimation est une chose plaisante. Aussi, pour ce nouveau post, je vais énoncer mon top 10 de morceaux d'anison (musique d'anime) qui m'ont rendu fou en 2010.

10 - Aoi Haru, interprété par ANGELA


Ce morceau du duo ANGELA (composé de atsuko et KATSU) habitué de l'anison, Aoi Haru (jours de jeunesse), sert d'ending à la série Seitokai Yakuindomo. Cet anime, qui suit les péripéties d'un comité lycéen composé de personnages pour le moins marginaux, reste tout de qu'il y a de plus tranche de vie, dans la lignée des Azumanga Daioh et Lucky Star. Ce morceau qui le conclut est à voir comme un pied de nez ironique des producteurs au contenu même de la série. En effet, en substance, les paroles racontent la vie très banale de quelque adolescente nippone, fantasmant ses rêves nourris de fiction télévisuelle.

D'un point de vue strictement musical, l'usage d'une gamme pentatonique, très utilisée dans la musique extrême-orientale, inscrit le morceau (et l'anime qu'il accompagne) dans un paysage typiquement japonais, cadrant avec les références faites dans ses paroles mêmes.
Chouette, punchy, mais un peu trop déjà-vu.

09 - Hatsudo !! Love Beam !, interprété par Shindo Kei


Certains crieront à l'ignominie musicale, à la daube sans nom, suintant les nappes synthétiques et les rythmes basiquement boom-boom, avec ses glockenspiels insupportables. Mais j'aime bien, alors on s'en fout. Ca doit la 3ème oreille, ou une connerie du genre. Bref, voila quoi.

Shindo Kei, l'interprète, est seiyuu de sa profession, i.e. doubleuse professionnelle. Elle double ici le personnage de Anzu, petite fille qui découvre la vie au jardin d'enfant et qui tombe amoureuse de son instituteur #JAILBAIT (cc @Pedobear). Ce Love Beam sert donc de 4ème ending à la série Hanamaru Youchien, puisque l'ending changeait à chaque épisode. Ca schlingue le sucre, c'est tout chibi kawaii, et c'est ça qu'on aime. Et je vous emmerde.

08 - My Soul, Your Beats! (Gldemo Version), interprété par LiSA


LiSA est une charmante chanteuse nippone de 23 ans, qui a interprété à peu près toutes les chansons des Girls Dead Monster dans l'anime Angel Beats !. Comme le présent morceau (qui sert de 4ème opening à l'anime) est supposé être interprété par ce groupe fictif plutôt que l'habituel personnage de Tenshi, il est normal qu'elle s'y colle.

Sans casser des briques, ce morceau est la preuve qu'on est pas obligé de coller une soft J-pop gonflante ou des rythmes sucrés surexcités pour faire un bon opening. Les riffs bien envoyés, la batterie basique mais correcte, les envolées lyriques vocales,... bref, c'est chouette, et même, c'est pas pire.

07 - Kore ga Umi he no Ai ja nai ka!, interprété par Hisako Kanemoto


Cette image song est tirée de l'anime moeblob de cette fin d'année, à savoir Shinryaku ! Ika Musume. Interprétée par Hisako Kanemoto, la seiyuu du personnage titre - Ika Musume, ou "La fille calamar", entité moe et humanoïde venue envahir la terre pour punir les humains de polluer la mer - cette chanson débilo-géniale éveille en vous des envie, pêle-mêle, de Banga, de meurtre, de danse, de drogues dures, d'arc-en-ciels et de de licornes.

Jouant sur les tics de langage de Ika Musume (à savoir le suffixe "geso" qu'elle utilise à la fin de quasiment chacune de ses phrases - "geso geso", au Japon, pays des onomatopées, c'est le "cri" des calamars) et les terminaisons en "-ika" (qui signifie "calamar, justement), ce morceau est un grand moment de lolanbar pour qui est un tant soit peu réceptif à la J-Pop saveur fraise Tagada.

06 - Pinky Jones, interprété par les Momoiro Clover



OK. L'illustration de ce morceau est légèrement borderline NSFW (alors que l'anime dont il est tiré et dont il sert de second ending, Yosuga no Sora, est CLAIREMENT NSFW). Mais on s'en fout, l'important, c'est la musique.

Donc ce Pinky Jones est interprété par le sextet d'idols Momoiro Clover. Ca vous avance, hein ? Outre un premier abord dégueulassement pop synthétique nippone, ce morceau est bien plus intéressant. D'abord, il mêle râga (mode d'expression musical indien) et gamme pentatonique dont on a vu plus haut qu'elle était la gamme privilégiée dans la musique traditionnelle japonaise, ce qui l'ancre dans un monde résolument oriental. Ensuite, comme c'est un groupe, les polyphonies sont nombreuses, et les voix pastelles de ces jouvencelles sonnent plutôt pas mal, surtout quand il y a superposition sonore (comme à 0'25 ou à 0'40). C'est joli et c'est bien que ce soit joli. Enfin, super pouvoir de la langue japonaise qui est une langue morique, la rythmique des paroles s'adapte incroyablement bien à la musique, insistant ou non sur les voyelles doubles, ce qui rend un bouzin homogène agréable à l'oreille, alors même que le sens même de rime tel que nous l'entendons chez les Français de France échappe tout à fait à ces mangeurs de poisson cru.
En bonus track, voici le clip officiel légèrement WTF du même morceau (appréciez les tenues des chanteuses) :


05 - Someone Else, interprété par Asumi Kana, Fujita Saki et Kitamura Eri


Plein de couleurs et de positive attitude dans ce numéro 5 du classement. Someone Else sert d'opening à l'anime Working!!. Comme bien souvent, ce sont des seiyuus qui l'interprète, en l'occurrence Asumi Kana, Fujita Saki et Kitamura Eri. Pas grand chose d'autre à dire, sinon que c'est frais, que les rythmes ska collent bien à ce tranche de vie sans grande prétention et qui remplit son rôle à la perfection (i.e. un divertissement de qualité), et que Poplar-chan est décidément trop kawaii.

04 - Listen !!, interprété par Hookago Tea Time



Du bon rock aux consonances surf music 60's (orgue Hammond oblige), c'est ce qu'est ce Listen!! qui sert de premier ending de K-ON!!. Interprété par le groupe fictif (mais tellement réel...) Hokago Tea Time, il résume bien l'essence de la série : rythme prenant mais posé, paroles simples mais c'est ça qu'est bon, et esprit de groupe. Le J-Rock à son meilleur.

03 - Venus to Jesus, interprété par Yakushimaru Etsuko


Un peu de Shibuya kei, ça fait pas mal aux seins. Ce Venus to Jesus, interprété par Yakushimaru Etsuko, sert d'opening à la première saison de Arakawa under the Bridge, romance baroque et loufoque aux couleurs douces et légères.

La voix très suave de Yakushimaru colle parfaitement au ton très particulier de l'anime. Mais en même temps, après tout, quoi de plus normal que du Shibuya kei (littéralement, "musique de Shibuya", fameux quartier tokyoïte) soit utilisé pour illustrer une action se déroulant près de la rivière Arakawa (rivière tout aussi tokyoïte).

02 - Uragiri no Yuuyake, interprété par THEATRE BROOK


Encore du wok'n'woll. Uragiri no Yuuyake est le premier opening du superbe anime Durarara!!. C'est le groupe THEATRE BROOK, connu pour son rock aux basses lourdes fortement influencées par le rock US 70's.

Encore une fois, pour cette nouvelle collaboration entre Narita et Omori - ils s'étaient rencontrés alors que le second adaptait Baccano!, oeuvre originale du premier, en animé - la musique est très bien choisie. Le jazz fou des Etats-Unis entre-deux guerres de la première série laisse ici place à des sons beaucoup plus urbains et contemporains, pour coller à l'ambiance sombre d'un Tokyo interlope. Plus surprenant, la BGM globale de l'anime frôle régulièrement avec la musique éthiopienne ou free jazz, peut-être pour souligner le fait que le coeur de Tokyo est de plus en plus cosmopolite, chose que les non-Japonais savent peu.

Le rythme du morceau, les voix teintées de sombre, la guitare héroïque, sont autant d'éléments qui permettent au spectateur de se plonger un peu plus dans l'intrigue en clair-obscur que le duo magique Narita/Omori construit. Bizarrement, j'aime moins la version gabber :


01 - God only knows, interprété par ELISA


Et le voici, le morceau d'anison que j'ai préféré cette année. Peut-être parce qu'il me rappelle l'intro de Higashi no Eden que j'ai adoré. Peut-être parce le morceau original est tout en ruptures et reprises, évoluant tant dans le rythme que dans le ton et la hauteur. Peut-être parce que la simili-musique classique, même simili, ben dans l'animation, ça fait du bien.

Bref, ce God only knows sert d'opening à la série Kami Nomi zo Shiru Sekai. Officiellement, il est interprété par l'obscur Oratorio the World God only Knows. Officieusement, on sait qu'il s'agit de la chanteuse ELISA, qui arrondie ses fins de mois de chanteuse (habituée des tie-up = ses morceaux sont souvent utilisés à des fins promotionnelles) en tant que top modèle.

Le morceau en lui même dure plus de 8 minutes (cf. plus bas). Intro synthétique digne de la voix vocodée qu'on imagine que Maria (l'androïde de Metropolis) pourrait avoir, des choeurs quasiment religieux, une émulation électronique, des polyphonies,... Ca commence, ça ralentit, ça s'accélère, ça redémarre... C'est formidable ! Le morceau surprend l'auditeur et ne le laisse pas dans la routine. Et c'est ça qu'est bon, et c'est ça qu'est bien.



Voila pour mon bilan anison de 2010. Pas de hip-hop (de toute manière, ce genre dans l'animation donne généralement quelque chose d'assez ridicule - Samurai Champloo faisant office d'exception confirmant la règle), pas de 8Bit non plus, pas de jazz, pas de rock brutal... Si ces genres ont existé en anison cette année, ils n'ont pas retenu mon attention. Etrangement, les J-Pop et J-Rock, pourtant légèrement formatés, m'ont plus captivés que le reste. Ce qui est bien, signe qu'un nazi musical comme moi puisse s'ouvrir, voire être sensible à des musiques vers lesquelles je ne serais pas spécialement allé de prime abord. Ce qui est un peu triste aussi, symbolisant le manque de prise de risque des producteurs/réalisateurs d'anime. Watanabe Shinichiro, réveille-toi !

07 décembre 2010

Obsession Textuelle - Gérard de Roubaix

James Delleck est de ces rappeurs issus de l'Antre de la Folie - parmi ceux qui ont partagé avec lui cette cellule psychiatrique, on compte TTC, Cyanure, Le Svink, La Caution,... bref, l'avant garde de ce qu'on a appelé le hip-hop alternatif français. Nourri de surréalisme, de Ninja Tueries et hip-hop à l'ancienne, de proto-geekeries, de poésie plus ou moins consciente et d'autres nombreuses références aussi diverses que variées, Delleck (qui n'est pas américain) s'impose aujourd'hui comme le rappeur d'un quotidien moins caustique que son camarade Fuzati, mais tout aussi conscient. Ses textes abordant tant des drames de tous les jours vus d'une focale pas commune (Le Réverbère, Sonate pour une Goutelette) que des problématiques familiales tout ça (L'Amour, 15 Ans) et plein d'autres trucs (Le Profil Psychologique, La Ville en Juin). Bref, ce type est doué, et je n'exagère pas en le qualifiant de Francis Ponge du rap français t'as vu. Comme c'est pas tout le monde qui sait qui est Francis Ponge, ben je me mouille moins que si j'avais dit Victor Hugo ou René Coty, par exemple.

Cet homme est Francis Ponge. Il ne souriait pas beaucoup.

Bref, Delleck est un rappeur qui écrit des textes bien poussés (et pas que pour lui, puisqu'il participe au Klub des 7 et, fut un temps, à L'Atelier et à Gravité Zéro). Il n'est donc pas absurde d'appliquer les règles de l'analyse textuelle à une de ses tracks, à savoir Gérard de Roubaix (n° 05) extraite de l'album Le Cri du Papillon (2007).
Mais écoutez plutôt
(la vidéo n'est pas intégrable parce que Gong et tout ça).

Et voici les lyrics :

Un léger sourire lubrique se visse à ma face ankylosée
Déjà j’imagine dire à mon chef de service va t'faire encu *BIP*.
J'vais quitter mon appart’ miteux et décrépi
Jeter ma femme et flirter avec les actrices vues dans Voici.
Me v'là dans l'luxe même si j'suis parti d'pas très haut
C’est fini l'PQ, j'm’essuierai l'cul avec des paréos.
Très vite tout c'que j'toucherai deviendra pépite.
Mon nom dans les moteurs de r'cherche trouv'ra des milliers d'sites.
J'marcherai sur la foule comme Jésus marcha sur l’eau

J'guérirai les cons avec ma pisse en effet placebo.
J'fabriquai tout à mon image comme Hitler le voulait
Mais comme Bill Gates l’a fait
Moi c'est Gérard de Roubaix.

Gérard, Gérard, Gérard OUAIS…
J'suis l'prolo millionnaire, l’icône symbolique
Au fan-club inquiet lorsque j’aurais une simple colique.
Gérard, Gérard, Gérard OUAIS…
J's'rai une star dans l’excès mais plus un alcoolo
D'façon tout m'paraîtra si p'tit vu d'la France d’en haut.

L’été, j'sortirai ma R21 customisée
J'deviendrai branché en allant aux concerts de TTC.
Avec tout mon blé, j'manquerai plus jamais d'Gitanes maïs.
A moi les vacances et l'tourisme sexuel au Laos.
Jury pour l'casting
Graine de Pouf', j'f'rai partie du PAF
Et l'week-end j'f'rai du jet-ski avec Lagaff.
Ma vie n'sera qu'plaisir alors j'y donn'rai un sens
En f'sant la tournée des Enfoirés… Cocaïne de circonstance.
Après j'm’achèterai une Harley Davidson
J'f'rai un road movie avec Johnny en écoutant George Benson.
A Saint Trop’, j's'rais sur l'yacht au design ovoïde.
L’exemple, le héros du peuple dans tous les tabloïdes.

Gérard, Gérard, Gérard OUAIS…
J'suis l'prolo millionnaire, l’icône symbolique
Au fan-club inquiet lorsque j’aurais une simple colique.
Gérard, Gérard, Gérard OUAIS…
J's'rai une star dans l’excès mais plus un alcoolo
D'façon tout m'paraîtra si p'tit vu d'la France d’en haut.

Mes mémoires en best seller
Donn'ront un film où Bruce Willis
Incarnera un type salace
Se transformant en star céleste.

Mais même une goutte sur une vitre peut briller sous la lumière
Mais une fois atteint la flaque, elle n’est qu'H2O malgré ses prières.
Ma main s'transforme en poing, mes yeux s'gorgent d’eau.
L’atmosphère s’assombrit, les pigeons se changent en corbeaux.
Mes fantasmes dégoulinent sur la toile de mes rêves.
Je n'suis qu’un roi déchu qui aurait avalé la fève.
Mon r'gard se fixe sur mon ticket par terre
Là où mon putain d'gosse a gratté la case NUL SI DECOUVERT.

Gérard, Gérard, Gérard OUAIS…
J'suis qu’un prolo qu'a les nerfs, l’icône pathétique
Qui voit l'monde qu’au travers d'son antenne parabolique.
Gérard, Gérard, Gérard OUAIS…
De la star j’ai qu'les excès, j'suis qu’un alcoolo
Qui se sent si p'tit face à la France d’en haut
.

Un bien beau texte donc. Disséquons le un peu.

James Delleck est censé avoir un faux air de Gary Pearce.

CONTEXTE :
L'abum sort le 30 août 2007. A ce moment, la France danse tristement sur les Christophe Willem et Mae, Kamini, Mika ou Koxie. Les Daft ont retourné Bercy avec 2 live qui sont entrés dans l'histoire. Un duo de braleurs habillés en cuir défoncent tous les dancefloors avec leur . Nicolas Sarkozy est élu de frais. Buck 65 sort sont album "c'était mieux avant", et le monde se pâme devant les aventures d'un mangeur de curry millionnaire. Bref, ça va mal, malgré les tentatives surréalistes de Steak, le Darjeeling Limited, ou l'album de reprises de paillardes par Pierre Perret.
Le temps n'est pas au rêve. Habitués depuis 5 ans à la rectitude morale d'un régime de droite (qui se HARDCORE JUSQU'A LA MORT avec l'élection de Sarko), les cé-fran se contentent de soubresauter de temps en temps (remember CPE Crisis - c'était le temps d'avant les vidéos de Cantonna).
Quelle place pour un poète comme Delleck en ce cas ? A priori aucune, parce que l'Art pour l'Art, tout ça, t'as vu. Cependant, bon, on peut tenter des trucs, y'a eu Guernica et tout, donc pourquoi pas. En bon rigolol pas spécialement sarkophile, Delleck dessine une société moins marrante et rêveuse qu'elle pourrait l'être. Il le fait en s'attachant aux détails, en peignant des portraits parfois tragiques, parfois drôles. Gérard de Roubaix est de ces derniers.
Track numéro 5 de l'album, le morceau succède à Le Réverbère, qui n'est pas très LoL. Aussi, pour décontracter l'auditeur, il enchaîne avec cette track bien sympathique.

Un des résultats Google Image pour "Gérard de Roubaix"

CRITERES INTERNES DE L'OEUVRE RELEVANT DU CONTENU :
Tout d'abord, attachons-nous au titre. Soient deux termes essentiels : "Gérard" et "Roubaix".
Attachons-nous au sens du premier terme. "Gérard" est un prénom d'origine germanique, aux consonnances un peu grasses. Par ailleurs, étymologiquement, il signifie "lance dure" -> 8===0 ALERT. Dans l'imaginaire collectif français, c'est un prénom populo', renforcé par le fameux sketch de Coluche Tel Père Tel Fils, où un père manifestement beauf', invective avec véhémence son fils (prénommé Gérard). Chaque nouvelle stance commence par un "Géraaaard" lourd de sens. On peut aussi rattacher ce prénom aux récompenses des Gérards de la télévision et du cinéma, qui chaque année remettent des prix au pire de l'année écoulée dans ces deux domaines. Enfin, Gérard est le nom d'emprunt Mathieu "Gérard Baste" Balanca, parolier et chanteur au sein de feu le Svink, et qui dit le skit introductif du morceau. Ledit Gérard Baste est connu pour sa réputation de cradcore rapper,
"Roubaix" est une ville du Nord, qui a connu son apogée au cours du XIXème siècle, quand le charbon n'avait pas encore été remplacé par l'électricité. Au delà de la commune même de Roubaix, c'est le Nord-Pas-De-Calais qui est ici concernée. La région est aujourd'hui synonyme de perte d'un prestige passé, de désoeuvrement social et culture très populaire. Bien que la Ch'timania n'avait pas encore frappé la France (le film de Dany Boon ne sortira qu'en février 2008), le nord de la France signifiait déjà ça.
En somme, l'apposition des termes "Gérard" et "Roubaix", et donc le titre en lui-même, amène l'auditeur à penser que le morceau va traîter de beaufitude, ce qui est partiellement vrai, et qu'on va suivre sinon la vie, au moins les pensées d'un français très moyen.

S'il fallait donner un visage à Gérard de Roubaix, il pourrait ressembler à ça.

Attelons-nous au sens du texte en lui-même.
Il y a d'abord ce skit introductif : un homme à la voix rauque et fatiguée joue au gratte-gratte, plaisir fugace et régulier manifestement, puisque le personnage semble en maîtriser parfaitement les règles. Ce sentiment est renforcé par la surprise qu'il exprime lorsqu'il semble avoir gagné, découvrant "les 4 étoiles". Le morceau à proprement parler commence alors, avec l'instru de DJ Tacteel, enchaîné par le rap de Delleck.
Il s'agit certainement de la conscience de Gérard qui s'exprime alors, puisque la voix n'est pas la même (Baste ≠ Delleck, hey !). Ces pensées doivent d'ailleurs probablement être décrites en temps réel, puisqu'entre le début des pensées et le refrain final, le "monde réel" a continué de tourner, laissant le temps au fils de Gérard, alors que ce dernier rêvassait à sa potentielle merveilleuse vie future, de récupérer le ticket de jeu (qui, lâché par son propriétaire initial, est lentement tombé sur le sol), de gratter la mention "NUL SI DECOUVERT", et de ramener son père à sa triste réalité.

Concernant le discours de la conscience, donc, on distingue 4 moments. D'abord, le futur proche : démissionner de manière trashos ("va t'faire encu *BIP*"), divorcer ("Jeter ma femme"), et commencer à appréhender la vie de nouveau riche ("Me v'là dans l'luxe même si j'suis parti d'pas très haut") dans les excès ("j'm’essuierai l'cul avec des paréos"). Ensuite, le moyen terme : la reconnaissance médiatique ("branché", "j'f'rai partie du PAF", "jet-ski avec Lagaff", "tournée des Enfoirés…", "road movie avec Johnny") et fanatique ("Saint Trop’", "le héros du peuple dans tous les tabloïdes"), la vie au dessus de la loi ("tourisme sexuel au Laos", "Ma vie n'sera qu'plaisir"). Puis viens le futur lointain, avec le statut mythique ("Mes mémoires en best seller", "star céleste"). Enfin, le dur retour à la réalité ("mes yeux s'gorgent d’eau", "L’atmosphère s’assombrit, les pigeons se changent en corbeaux", "roi déchu") et à son cortège de chiantise.

Image pour meubler et pour aérer tout ce texte dense. de geso.

On notera que le personnage décrit dans le futur alternatif de Gérard correspond à toute caricature grossière de nouveau riche : attrait prononcé pour le clinquant et le luxe vulgaire de pacotille ("Voici", "Lagaff", "Cocaïne", "Harley Davidson", "yacht") paradoxalement lié à des "valeurs" et des termes appartenant à son monde d'origine ("R21", "Gitanes maïs", "Johnny", "pigeons") qu'il ne faisait, jusqu'ici, qu'effleurer via son écran de TV.

Au-delà, le sens profond de la chanson peut-être vu comme une critique d'un "système" qui a transformé les rêves des identités (dont Gérard est) le composant, pour des choses prédigérées par l'appareil médiatique (magazines de papier glacé et TV réalité), plus que comme une moquerie d'un certain archétype sociétal français. Dans ce monde de l'argent roi, les gens sont contraints, lorsqu'ils ne font pas partie des possédants, à se lamenter sur leur triste sort de pauvre plutôt qu'essayer de s'élever autrement. Le seul réel élan poétique produit par la conscience de Gérard n'a pas lieu pendant ses fantasmes de richesse, mais bien quand le miroir se brise : "Mes fantasmes dégoulinent sur la toile de mes rêves. Je n'suis qu’un roi déchu qui aurait avalé la fève." Il souligne ce potentiel de création autonome de Gérard.

Hey, kids, drugs are bad.

CRITERES INTERNES DE L'OEUVRE RELEVANT DE LA FORME:
Le texte de rap se distingue du texte chansonnier, voire de la poésie à proprement parler, en cela que le flow doit jouer sur les ruptures dans la continuité, contrairement à la poésie classique qui se doit de suivre rigoureusement une structure métrique définie.
Aussi, dans ce morceau, à l'exception du passage au flow scandé de manière plus saccadée (et sur lequel on reviendra plus tard), les différents "vers" font en moyenne 13 syllabes, avec des phrases allant de 11 à 17 syllabes. Cette irrégularité, qui pourrait choquer s'il s'agissait de la déclamation d'un poème régulier, est compensée par la musique accompagnant le chant, et par les différentes altérations, diérèses, synérèses ou hiatus que Delleck applique aux mots.
L'enjambement est largement appliqué, et les vers impairs sont légions, soulignant la légèreté du texte. Un travail important a été effectué par rapport aux coupes, très calculées afin de bien "tomber". Les rimes sont, la plupart du temps, plates et pauvres. On comptera la rime "maïs"/"Laos" à part, cette dernière jouant sur l'insistance du rappeur sur la consonante [s]. On notera aussi les mots "Davidson" et Benson" prononcés avec pour terminaison [ɔ̃] plutôt que [on], peut-être en rappel de cette fameuse chanson de Nino Ferrer, peut-être aussi pour moquer l'impeccable accent anglais dont font preuve les français de souche.

Jeu de mots. LuLz inside. True story.

Bien évidemment, scansion hip-hop oblige, on compte un grand nombre de jeux de sonorités (allitérations et assonances), faisant sens ou étant seulement présent pour leur esthétique. On en remarquera avant tout deux : l'allitération en [p] et [f] dans le 2ème couplet, couplant la violence percussive de ce nouveau luxe clinquant à la mollesse reposée de ce même train de vie luxueux ; et les superbes conclusions des 4 octosyllabes précédant le dernier couplet, toutes en allitération en [s], intervenant comme un ralentisseur à la précipitation, quasiment sur le ton de la confidence, comme susurré (ouais, susurré, ouais... j'aime bien ce mot), signe que dans le futur lointain hypothétique de Gérard, il aura mûri et fait un bilan sage de ses années de débauches. Comme Marlon Brando.

Pour conclure (parce que je fatigue et que j'ai bien tout essoré mon cerveau de ses conneries), dans sa forme comme dans son fond, Gérard de Roubaix est symbole d'une certaine idée de la (F)rance.








Chute FAIL.

03 décembre 2010

Adieu 2010

Le mois de décembre est une période propice à plein de trucs : Miss France, PUDDIPUDDI viral meme (m00t 4 king of Earth), le Téléthon (qui est un peu comme Miss France mais avec des moches), les blockbusters de Noël, les abus volontaires de graisses saturées et sucres simples, les premières neiges et le creusage de découvert bancaire.
Mais c'est surtout une période de bilan. Après pas de post depuis juillet (et pourtant, j'ai essayé, hein. Doit y'avoir 4 ou 5 brouillons en stock dans mon Blogspot, mais les publier maintenant a pas beaucoup de sens, rapport à l'actualité, tu comprends - et si je les ai pas fini, c'est parce qu'il y avait une fille que je devais lui toucher les seins, alors, voila, quoi), et ben je finis pas cette phrase.

BREF

Bilan. Dans ce post. En deux parties. D'abord un bilan personnel un peu chiant qui va pas durer plus de 1000 signes (mais peut-être que je mens), et surtout après un bilan de l'année écoulée en japanimation, avec un top 10 du meilleur de la crème des animes qu'il faut avoir vu en 2010.

DONC

Commençons par le chiant. Pour ma part, 2010 a été une année de ruptures et recommencements. Alors que l'année Chopin débutait - très bon concert du Renegades Steal Band cette année encore ; BIG UP FOLLE JOURNEE PULL UP SELECTA' - je me prenais une baffe publique en l'AG de Prun'. Un début d'année dans l'expectative, tangente, pour cause de pas de stage. Mais bon, avec la season premiere de Lost, l'espoir est revenu, avec un Back to Los Santos (à LRSY Vice City pour le coup) et un boulot en tant qu'être sous-payé/surexploité à Canal 15 Vendée.
Un printemps qui s'est déroulé comme un charme, aux frais de la princesse. Je profitai alors de mes derniers jours en tant qu'étudiant, entre rédaction poussive de mémoire de stage, et mise en place d'un projet numérique qui ne verra jamais le jour - DAMN YOU, INSPECTION DU TRAVAIL ! Donc février -> juin = stage (en Vendée, certes, mais c'était l'occasion de redécouvrir cette terre de contraste et de profiter pleinement de chaque retour à la grande ville - Nantes - comme tout bon bouseux digne de ce nom). S'en est suivi la soutenance de truc, et juillet arrivait.

Ouais, je recycle, ouais.

Après un accord de principe avec Canal 15 (genre CHECK YO on se tient au jus et t'as un taf en septembre, t'as vu), vamos à bailar por la calle de la playa de Santiago de tu puta madre, avec d'abord un Prunothon et un EPIC Question Pour Un G33K which was EPIC, enchaîné avec la Japan Expo 11 pour le Journal du Japon. Parce que j'ai été pris comme rédacteur pour le JDJ et c'est cool. Intensité boulot mais satisfaction corporelle et cérébrale. J'étais bien et détendu, le panard total. Non content de voir Hojo Tsukasa en chair et en lunettes à moins de... pfiou.. 2 mètres !, j'ai fait en sorte que haterz hated en voyant en live et en vivant Yoshi et Toshi de X Japan, en interviewant Shimizu Yuko (la vieille qui a créé Hello Kitty), Katsura Masakazu, et plein d'autres gens que tu connais pas mais que moi si, alors ça va.

Et puis taf' d'été dans cette inénarrable station service, avec toujours ces inénarrables clients à servir comme des clients, et ces inénarrables heures d'ennui profond. Par exemple, j'y ai lu Orlando de Woolf, Une Maison de Poupée de Ibsen, et Baudolino de Eco. Ennui je vous dis. Ah, si, cet été, j'ai appris que Canal 15 prenait l'eau, et que mon poste accord de principe mes genoux, je pouvais me le coller sous le bras.


Fin août/début septembre s'annonçaient donc grave chiants. Et puis en fait miracle des réseaux sociaux, BIM, PAF, voilà-t-y pas que je trouve moyen d'avoir un stage d'un mois à TV5 Monde dis-donc, pour les 15 ans de Kiosque. Ah ! La vie parisienne ! L'endroit où il suffit de se pencher pour se retrouver avec des pépites grosses comme le poing dans les mains ! Bref, stage enrichissant, cuites sur les toits parisiens à l'oeil, poilades, appartements gigantesques et flippants, et branlage de platines chez des potes et c'est marrant. Et aussi Civilization V, DJ Kentaro, Chômage, Voiture, Nuit Blanche (c'est La Caution). Un mois de septembre intense et LoL et bien et cool.

Tellement LoL et cool qu'octobre fut bien morne en comparaison : retour dans le Grand Ouest, ennui, Pôle Emploi. Jusqu'à ce que l'avenir commence à se dessiner. Avenir qui a impliqué un retour à Paname, une presque ré-soi chez Gérald Dahan, des lasagnes de légumes et surtout un RDV semi-pro à TV5. Kewl. Novembre fut bien grâce aux Utopiales et sa Manga-tan, mais pas que. Enfin, décembre qui est maintenant et qui est comme je l'ai dit plus haut.

Et manifestement, j'ai menti, puisqu'on en est à 3516 caractères pour cette première partie moi-je-nombriliste. Aussi, vite, la deuxième partie qui est mieux, à savoir 2010 en japanimation.

Globalement, cette année 2010 est dans la continuité de ce qui se fait en prod' animée depuis 3 à 4 ans : moeblob, un peu de tranche de vie, 3 ou 4 séries shonens qui durent depuis le début des années 2000 (Naruto, One Piece, Bleach, Reborn!), et un tas de production de saisons de 13 épisodes (quelques 26 épisodes, mais ça reste rare). Ben oui, c'est la crise ma bonne dame, aussi, les studios misent sur un merchandising exponentiel avec pas mal de séries courtes (+ de séries = + de produits dérivés = + de brouzouf' théoriques auprès du marché otakus/blaireaux).
Une tendance cependant : le retour d'un esprit plus ou moins nationaliste, exacerbant la grandeur passée de l'archipel (bien que cette tendance ait toujours existée), avec la mise à jour de grands mythes nationaux ou extrême-orientaux, ou l'uchronie/SF. Hyakka Ryouran Samurai Girls (BOOBS), Highschool of the DEAD (BOOBS), Senko no Night Raid (lire plus bas ; PAS BOOBS) ou Koihime Muso (BOOBS + JAILBAIT + HAREM) rentrent dans cette catégorie, avec des thèmes ne crachant pas sur l'isolationnisme et l'expansionnisme militaire.

Donc NAOW, le top 10.


Ca a le goût de Shaft, ça a l'odeur de Shaft, ça a même la couleur de Shaft, mais c'est pas Shaft (shaft est un studio d'animation spécialisé dans le WTF rigolo barré geeko-LoL PTDR XD - nous retiendrons Sayonara Zetsubou Sensei et Pani Poni Dash comme oeuvres représentatives de cette compagnie). La raison ? Onuma Shin, ancien animateur et réalisateur de Shaft qui est parti chez SILVER LINK, la compagnie responsable de la prod' de Baka Testo. Donc ça reste marrant, très bien produit et animé, mais le design, les références, les petits trucs et machins ressemblent vraiment trop à la maison d'origine de Onuma. L'histoire est correcte sans casser de briques, il y a un background intéressant (mais le format 13 épisodes empêche un développement correct du bouzin), et les persos sont archétypés à mort. Ce manque d'originalité est dommage, d'où cette 10ème place. J'attends de voir l'OAV prévu pour mars 2011.


En parlant de Shaft, ben y'a Arakawa qui est pas mal. Un graphisme épuré (mais complexe) proche de Bakemonogatari et de Kuuchuu Buranko, des personnages bigarrés et WTF, une jolie romance contre-nature sous les ponts de Tokyo, et du Shibuya-kei bien sympathique. De l'animation mature pour jeunes adultes, qui se paye le luxe de deux saisons de 13 épisodes chacunes la même année. Alors qu'est-ce qui ne va pas ? Ben la répétition, et la fadeur de certains épisodes. Ce qui est bien dommage d'ailleurs, parce qu'il y a un vrai truc derrière, et que c'est très agréable à regarder ponctuellement. Mais c'est pas le genre d'anime que je vais me faire un marathon de ça (alors que Gurren Lagann, NGE ou Haruhi - sauf l'arc Endless Eight qu'il faut oublier très très loin - si).


King of Thorn est un long métrage adapté d'un manga de Iwahara Yuji développé sur 6 volumes. Ce "il était une fois..." SF bien construit projette le spectateur dans un futur proche, où une étrange maladie pétrifiante frappe l'humanité. Un groupe d'élus est alors mis en état de stase pour voir si dans le futur, style genre y'a plus de problèmes t'as vu quoi. Mais il y a un bug dans la matrice, et tout part en couille, avec des streum' de Etrian Odyssey ou assimilés qui attaquent des gens et c'est pas très LoL. Approchant à peu près tous les thèmes de la SF contemporaine (voyages cryogéniques, sectes manipulatrices, bioterrorisme, mutations génétiques, intelligence artificielle, limites du libéralisme exacerbé,...), le film, pourtant très bien réalisé et designé, souffre de la durée du film. Malgré ses 2 heures, le long métrage finit de manière confuse - résumer de manière claire 6 volumes, soit près de 1500 pages d'histoire, relève de toute manière du défi quasi impossible -, perdant le spectateur peu attentif. Une sortie DVD et Blu-Ray est prévue en France en février.


Cette histoire mêle action historique (puisque se déroulant en 1931, une période intéressante au Japon, puisque se déroulant après la première guerre sino-japonaise, la guerre russo-japonaise, et la Première Guerre mondiale), et SF (les héros ont des pouvoirs ; DES POUVOIRS, J'TE DIS !). C'est déjà pas mal de points gagnés pour l'intérêt. Le dessin est beau, l'animation chouette (malgré certains moments où on sent bien la sous-traitance en Corée du Nord), et la période concernée suffisamment pas connue en Occident pour attiser l'intérêt. Ca pêche un peu niveau scénario par contre, puisqu'on a l'impression de voir un Darker than Black transposé entre-deux guerres. Un peu dommage, mais prenant géopolitiquement.


Encore de l'animation pour jeune adulte. Pas parce qu'il y a des poils ou de la turgescence ou quoi, hein. Mais parce que les sujets ne se focalisent pas exclusivement sur la vengeance ou la soif de devenir le meilleur ou le fait de faire exploser la planète Vegeta d'un seul coup de doigt. Là, ça parle d'étudiants en fin d'études, de gens qui sont amoureux mais timides, de clubs étranges (mais pas aussi déviant que dans Hen Zemi), et c'est bien. Avant-gardiste dans la forme comme dans le fond, l'anime, s'il est intéressant, pourra tout de même en rebuter plus d'un, par son propos un peu zarb', et par son dessin un peu chelou (deux trucs qui sont aussi ses qualités, pourtant). Il est dispo en simulcast VOST sur KZPLAY.


Adapté d'un manga connu en France sous le titre des Triplées (rien à voir avec ce truc), Mitsudomoe est assez similaire à Minami-ke (notons que Ohta Masahiko, le réal de la série, était responsable de la première saison hilarante de Minami-ke) : 3 soeurs disfonctionnelles, du quiproquo, de l'humour gras parfois sous la ceinture, et des pelles de LoL. Ajoutons à cela des Gacchi Rangers, des oppais, un instit' puceau, un père PEDOBEAR like et une tsundere beaucoup plus tsun que dere, et vous obtenez ce cocktail magique qu'est cet anime. Redondant dans son humour, avec des trucs un poil gore (Youpi ! une piscine de pisse !) voire totalement incongrus (une morve élastique de plusieurs mètres, par exemple), Mitsudomoe est pourtant un anime débile qui fonctionne. Il fonctionne tellement qu'une nouvelle saison est prévu dès janvier 2011.


A l'origine, Katanagatari est une light novel de Isin Nisio, jeune et talentueux auteur déjà responsable des Bakemonogatari (et dérivés). Avec cette base, on ne pouvait que bien partir, Isin étant d'une part très prolifique, d'autre part incroyablement imaginatif, ce qui donne lieu à des intrigues complexes et très agréables à suivre.
Sur Katanagatari, l'auteur est parti de la base "je sors un volume de l'histoire tous les mois, et l'histoire comprendra 12 volumes". Soit une publication étalée sur un an, suivant le rythme des saisons (l'intrigue se déroulant "en temps réel"). Un travail débilo-génial qui rend bien, à la manière des grands auteurs de feuilletons du XIXème siècle, qui pissaient de la copie écrite de manière extraordinaire toutes les semaines.
Bref, White Fox, le studio qui produit l'adaptation animée, est partie du même postulat, et donc toutes les dernières semaines du mois, on a eu le droit, sur l'année 2010, à notre épisode de 45 minutes de Katanagatari. Une adaptation de fort bonne facture, avec un dessin au trait détouré gras, qui lui donne cette identité cartoonesque bien particulirère, et surtout un récit dans le plus pure lignée du chambara (récit de samouraï), ici un poil réadapté tout de même. Cette quête de 12 épées nous fait traverser un Japon médiéval baroque, avec ses personnages emblématiques - les ninjas perfides, les prêtresses déchues, les ronins, les maîtres reclus,... C'est bien, c'est beau, c'est contemplatif, inventif, génial. A voir, si vous avec près de 9 heures à perdre. CHEERIO !

03 - K-ON!!

Ce post n'aurait pas été un vrai bilan de l'année de japanim' écoulée si LA moeshit de ces 10 dernières années ne figurait pas dans le Top 3. K-ON!! fonctionne comme la suite directe de K-ON! diffusée l'an dernier. Nos 5 lycéennes font toujours partie du club de light music, elles font toujours autant rien, elles ont toujours le même caractère, Azu-nyan n'assume toujours pas son statut d'Azu-nyan, et Mugi est toujours aussi Mugilicious. Que du bonheur. On en redemande. 26 épisodes, c'est pas suffisant. Chose que les réalisateurs/producteurs ont bien compris, puisqu'un film est prévu, un jour, dans le lointain. Je m'en frotte les mains d'avance.


Dans un passé pas si lointain, j'avais déjà posté au sujet de cette série. Mon avis sur la question n'a pas changé : c'est un petit chef d'oeuvre, explorant des thématiques vues et revues, mais avec brio. Ca sent le NGE, le Lost, le Guns'n'Roses, le Battle Royale, et c'est excellent. La construction des persos, leur passé, l'énigmatique lycée qui n'en est pas un, Tenshi/failwhale, tout est bon. Je n'en dirais pas plus, d'une part parce que résumer tout ça, je peux y passer des jours ; d'autre part parce que regardez le, merde ! Comme dirait T.K. : "Come on, come on, come on, come on !!"


Si le Guy Ritchie de la grande époque Snatch devait être transposé dans le monde de la japanimation, il aurait 2 noms : Narita Ryohgo (l'auteur de l'oeuvre originale), et Omori Takahiro (le réalisateur de l'anime). Ces deux là ont déjà bosser de concert sur Baccano ! (que je vous recommande chaudement aussi), pour un résultat excellent, quoiqu'un peu court (13 + 3 épisodes) et confus (2 à 3 intrigues entremêlés sur différents plans temporels). Les erreurs du passé sont donc corrigées, avec ce Durarara !! qui se développe sur 26 épisodes, et deux arc narratifs bien distincts. La complexité de l'histoire est difficilement résumable en quelques lignes. Sachez que l'action se passe à Ikebukuro, que le quartier est aux mains de gangs de gentils et de méchants, qu'un sushiya russe est tenu par un géant noir, qu'un type en costume d'hôte a la force de Hulk, que deux légendes urbaines (un cavalier sans tête, et un monstre armé d'un katana) semblent avoir pris vie, et que du haut d'une tour, un type s'amuse à observer et manipuler tout ce manège.
Le génie de Narita et Omori repose dans la capacité à rendre tout ce microcosme (avec plus d'une dizaine de persos ayant chacun leur instant de gloire) cohérent, et à amener progressivement mais sûrement le spectateur vers l'intrigue principale. Tout est esthétisé, des couchers de soleil aux scènes de combats, en passant par le décor qui reproduit un Tokyo au poil. A voir absolument.

Voila pour ce petit bilan. En outsiders, j'avais bien des titres comme Working!!, Kami Nomi zo Shiru Sekai (RED FIRE TRUCKS !), Panty & Stocking with Garterbelt, Shinryaku Ika Musume, Soredemo Machi wa Mawatteiru, Yosuga no Sora ou encore Seitokai Yakuindomo, tous biens pour diverses raisons, mais le coeur a ses raisons que ta mère, et en plus, j'ai de la vaisselle à faire. Donc si vous avez le temps, jetez-y un oeil, ils valent aussi le coup.

05 juillet 2010

En attendant...

Je vous avais dit que je m'étais fait de nouveaux potes à Japan Expo ? Plus d'infos bientôt.





22 juin 2010

Pour une sociologie du T-shirt

Depuis que l'homme a compris qu'il était plus remarquable en attachant un morceau de tissu à un bâton, les drapeaux, blasons et autres signes distinctifs flottants lui ont permis de s'identifier, de revendiquer une appartenance à une terre, une nation ou un mouvement social.
L'étendard a été de toutes les manifestations de masses : sur les champs de bataille, lors des rencontres entre chefs d'Etat, dans les mouvements sociaux.
Dans nos temps où la belle jeunesse occidentale se désintéresse de la politique et du social (la génération du NAOW !), le drapeau n'est plus symbole revendicatif. En fait, il n'a de sens que quand il est associé à un fort sentiment d'appartenance à un groupe (qu'il représente), patrie comme syndicat. Sans cette conviction, il perd son sens - et c'est pas quelques guignols déguisés en Obélix une fois tous les 4 ans pour soutenir des bras cassés qui vont me dire le contraire - Nan, mais ouais, SRSLY, il est où le sentiment patriotique de gugusses qui chantent même pas bien la Marseillaise ?. De plus, dans une société de plus en plus individualiste, où JE > NOUS, le drapeau fait figure d'accessoire contre-nature.
Bref, outre les supporters de tout poil, il ne reste plus guère que les communautés et les syndicalistes qui arborent oripeaux lors des grandes occasions.


En Corée du Sud, pays très patriotique parce qu'il a un ennemi héréditaire depuis 1953, c'est normal de montrer ses couleurs.

Le jeune, lui, revendique sa tribu par le T-shirt, et ce since 1968. D'où cette description non-exhaustive vestimentaire, puisque désormais, on est ce qu'on porte.

L'ancêtre : le T-shirt guévariste

Le T-shirt du Che, objet qui est entré dans la culture pop mondiale au même titre que le smiley ou les oreilles de Mickey, est un des premiers exemples de T-shirts à message identitaire.
Il y a tout un contexte derrière : en octobre 1967, ce brave Ernesto se fait descendre, qui par les Colombiens, qui par la CIA. C'est pas ça qui est important. Ce qui est important, c'est que 3 mois plus tard commence l'année 1968, année qui a bien agité notre terre, et où les étudiants et ouvriers de tous pays se sont mis à rêver et se révolter contre un pouvoir un peu étouffant et flippant (missiles nucléaires, tout ça). Or, quel meilleur symbole de lutte contre l'impérialisme et la libération des peuples que le guerillero le plus célèbre du moment.
Ainsi, de révolutionnaire marxiste, Guevara est passé au statut d'icône pop de lutte contre l'oppression, arborée tous T-shirts dehors par une classe moyenne/bourgeoisie en manque d'idéaux en ces temps troublés. Les porteurs originels de ce T-shirt ont par ailleurs rangé leur rage révolutionnaire au placard, et sont généralement aujourd'hui des Mac lovin' tous propres. Si des jeunes portent encore ce T-shirt, plus que le message qu'il signifie, c'est d'abord le design qui leur plaît (cf. graphique ci-dessous) :


Le T-shirt guévariste est aujourd'hui de tous les détournements, ce qui plaît particulièrement au :

T-shirt LoL


Le T-shirt LoL est l'essence du T-shirt contemporain. Il s'agit ici de détourner des codes établis de manière rigolote, avec le message qui va bien derrière. La moque est gentille, gratuite et facile. C'est l'exemple même du T-shirt individualiste : on "s'en prend" à un ordre, un symbole, quelque chose de structurant, établi, et on l'esquinte pour lui faire perdre don message originel (créant un sens différent derrière). Il existe des milliers de T-shirts LoL, et l'objectif de ses collectionneurs est d'avoir une pièce unique et pertinente qui fera baver d'envie les autres possesseurs de T-shirts LoL. On en trouve plein sur BustedTees, Glennz, et, fut un temps, sur La Fraise.
Notez qu'il existe à peu près plein de sous-genres de ces T-shirts. N'ayant pas spécialement les connaissances pour tous les décrire, je me contenterai des principaux, à commencer par celui que je connais le mieux :

Le T-shirt G33K

Avec ce T-shirt, on rentre dans la revendication communautaire. Depuis qu'il est cool d'être geek (since 2005-2006, par là, merci ADSL et Spiderman Movies), le message des nerds des origines se dilue dans la masse des casual gamers et followers de séries. Si François Fillon se revendique geek, où va le monde ?
Les geeks protègent donc leurs statuts en arborant lignes de code, références japanim' ou vidéoludiques, ou cross-over improbables. Ainsi, ils parlent à un noyau de connaisseurs, et si un quidam, voyant la pièce de vêtement, comprend son sens (voire en sourit, puisque le T-shirt G33K est souvent un T-shirt LoL), le porteur se fait un nouvel ami du fait d'un sujet de conversation tout trouvé avec le quidam.
Les T-shirts G33K se trouvent un peu partout aussi (parfois même sur les sites de T-shirts LoL), mais voici quelques adresses sûres : nerdyshirts, J-List (adult content, ACHTUNG petit internaute), Uniqlo dans sa collection UT, ou SharkRobot.
Par essence, le geek étant quelqu'un de hautain ne reconnaissant ses pairs qu'après de longues discussions sur Suzumiya Haruhi no Yuutsu ou le JRPG en général, il méprise les pâles tentatives de T-shirts LoL que des entrepreneurs peu scrupuleux vendent aux jocks. C'est :

Le T-shirt Jock


Le T-shirt Jocks, c'est le T-shirt porté par les jocks. Du moins, le T-shirt que porteraient les jocks pour tant est qu'ils puissent exister en Europe. Par défaut, il est porté soit par les footeux entre 16 et 23 ans, ceux là qui vont en boîte puis en tonus, soit par les vieux beaux qui se souviennent encore émus de leurs 16-23 ans, soit par les étudiants en commerce qui savent faire la fête sur Guetta ou Solveig.
Consistant en un détournement fêtard voire franchement salace de slogans et logos commerciaux connus, les T-shirts jocks décrédibilisent le mouvement du T-shirt LoL, puisque portés en masse (pas d'originalité).
Les autres caractéristiques des porteurs de T-shirt Jocks sont un jean délavé Diesel, des cheveux trop gominés à l'italienne, la fâcheuse tendance à chanter "Po polopopopo po", soit le riff de Seven Nation Army, quand ils sont contents, une prédilection pour les prémix, et le fait de sortir avec une porteuse de :

T-shirt girly


Comme son nom l'indique, le T-shirt girly est porté par des filles. Du même âge que le porteur de T-shirt Jocks généralement, même si on peut descendre jusqu'à du 10 ans pour les lolitas un peu trop vite émancipées, et monter jusqu'à des 45 ans pour les cougars qui n'ont pas froid aux yeux.
A base de rose, de paillettes et d'ailes d'ange dans le dos, le T-shirt girly rappelle au monde que sa porteuse est une petite chose fragile. Il cache aussi le fait qu'elle a certainement quelques Daddy Issues, ce pourquoi elle s'hyperalcoolise souvent entre filles et fini son jeudi soir/vendredi matin dans le lit d'un Jock inconnu.
Parfois, la porteuse T-shirt girly a une petite soeur adepte du :

T-shirt kawaii cromeugnon

Le T-shirt kawaii cromeugnon est porté par les filles qui lisent Sakura Card Captor, font des cosplay de Code Geass, ou alors par des mecs qui ont pas froid aux yeux et qui lisent le blog de Boulet.
Se revendiquant g33kettes parce qu'ayant grandi avec Récré A2 ou le Club Do' (pour les plus âgées), ou parce qu'elles lisent des scantrads de Naruto (pour les plus jeunes), le T-shirt kawaii cromeugnon rappelle au monde que sa porteuse est une petite chose fragile. Il ne cache par contre pas le fait que généralement, elle se trouve en deçà des canons de beauté établis par une société pour qui quelques centimètres de plus ou de moins font toute la différence entre le laid et le beau.
Elle se fournit sur le site de Neko. Bien souvent, avec l'âge, la kawaii évolue, à la manière du pokémon. Elle peut se transformer, pour peu qu'elle soit réceptive au rock (et elle l'est généralement, à avoir trop écouté de visual kei), en copine de porteur de :

T-shirt musical :

Le T-shirt musical (rien à voir avec le pin's musical, cette espèce d'accessoire vestimentaire populaire chez les classes basses à moyennes françaises du début des années 1990, popularisées par TF1) est au T-shirt ce que le steak-frites est à la gastronomie : un poncif éculé mais toujours efficace.
A l'instar du T-shirt G33K, le T-shirt musical est un facteur fortement communautaire : plus le groupe/artiste est obscur, moins de monde le connais = les connaisseurs apprécient et conversent autour d'une bière alors que la masse danse mollement sur du Nada Surf.
Ce qu'il dit du porteur, c'est : 1/ Il est musicien, et en tant que tel, il rend hommage à ses pairs (parfois ses pères) en montrant leurs couleurs ; 2/ Il est mélomane, mais pas musicien (journaliste musical, fan de la première heure qui pourrait porter un T-shirt type "j'ai survécu à la fosse de Slayer") ; 3/ Il a un grand frère qui correspond à 1/ ou 2/, lui, il sait pas qui c'est , il a récupéré ça dans un placard parce qu'il avait plus de T-shirt Vodka - Connecting People ou Dirty à porter.
Goéland est le site français de référence pour le T-shirt musical overground. Sinon, les sites de label indé (voire pas indé du tout) ont généralement un espace boutique où le fan pourra claquer tout son pognon.
Notez que le T-shirt musical peut être aujourd'hui considéré comme le T-shirt du Che de l'an 2000. Arborer un T-shirt "RATM", c'est aussi fort que de faire un sitting devant l'ambassade d'Israël. En cela, il peut être assimilé aux T-shirts politicards type "Même pas mal" ou "Ferme ta Bush". C'est d'ailleurs généralement les mêmes porteurs de sweat capuches Slipknot qui les montrent.
Le T-shirt musical, s'il se réfère à un groupe de krautrock tchèque de la fin des 70's ou un groupe d'électro naissant signé chez quelqu'obscur label numérique indépendant japonais peut-être aussi considéré comme un :

T-shirt Hipster

Le T-shirt hipster est un hybride entre le LoL, le G33K (parfois), le musical (parfois encore), et le revendicatif (parfois toujours).
Exhibé par des gens exigeants toujours plus d'unicité, il est tiré à peu d'exemplaires, la rareté faisant son prix. Oeuvre de designers connus dans les milieux établis, il est de bon ton de porter un T-shirt hipster lors d'un vernissage, d'une performance, ou d'un concert de musiques actuelles (qu'est-ce ? je ne sais - par contre, les collectivités territoriales, elles, savent, alors ça va).
Référant généralement à la culture populaire (télévision, dessins animés Disney, modèles vestimentaires traditionnels), il est la caution popu des gens chics et dans le coup. Un grand merci au clip D.A.N.C.E de Jus†ice (et à SoMe) pour avoir vraiment lancé le mouvement.
On en trouve force sur les sites d'artoys (type Artoyz), ou encore chez QHuit ou Poyz'n'Pirlz.

Voila pour ce rapide tour d'horizon. Il en manque forcément, du message politique de bas étage aux coupes de maillots sportifs stylisés, en passant par la platitude fade d'un T-shirt uni tellement NoLook. Cependant, avec ces quelques bases, il devrait déjà y avoir de quoi lancer des études plus poussées sur la question. Moi, j'ai pas le temps, je dois soutenir mon mémoire (ha ha ha ! lulz'n'gutz) demain.